Terrae

Thème 2 : Pratiques des terroirs, du sol au cadastre

Nous entendons aborder par cette thématique les usages sociaux des sols tels qu’ils peuvent transparaître à différents niveaux d’interrogation, de la caractérisation physico-chimique des sédiments à l’analyse de la fiscalité foncière.

Les liens entre usages et usure du sol seront abordés à travers les questions de maintien de la fertilité et des techniques associées (rotations, amendements, pacage/parcage, cultures temporaires) dont les témoins archéologiques seront régulièrement recherchés sur nos terrains d’étude (REPERAGE). L’artificialisation des sols par leur intégration comme ressource d’approvisionnement sera documentée par l’identification des modelés agraires caractéristiques que constituent les terrasses de culture, en contexte montagnard notamment.

La question de la genèse, du fonctionnement et de la fossilisation de ces formes est particulièrement posée. Dans la vallée de la Garonne, les collaborations à engager avec les géoarchéologues permettront éventuellement de mettre en relation des phases d’intensification agricole avec les évolutions paléohydrologiques et les bilans sédimentaires enregistrés en lien avec les processus d’érosion. Les travaux à réaliser dans le cadre de la Chaire d’attractivité COMUE de Ted Gragson permettront une approche comparative de l’impact des activités humaines sur l’usure des sols dans un long transect incluant les contextes montagnards pyrénéens, les piémonts et la plaine garonnaise (REPERAGE).

C'est plus généralement la question de la « mémoire des sols » qui sera traitée, leur capacité à enregistrer les activités anthropiques et les fluctuations de leur intensité dans le temps.
Les pratiques des terroirs transparaissent également dans la morphologie du parcellaire qui fera l’objet d’analyses spécifiques sur nos différents terrains d’investigation. Les actes de planification, fusion ou division parcellaires, ainsi que les travaux de drainage ou d’irrigation, illustrent une forme d’appropriation physique du sol par les sociétés qui les exploitent. À travers la morphologie du parcellaire et ses évolutions, c’est éventuellement les passages de structures de propriété collective à des structures de propriété privée qui peuvent être mis en évidence. La poursuite des travaux sur la modélisation en graphes des paysage ruraux documentés par les compoix médiévaux, en la généralisant, devrait permettre de repérer ces mouvements de fusion/division parcellaire et de les mettre en relation avec les logiques de propriété et d’exploitation du sol qui les sous-tendent, ainsi qu’avec les logiques de dispersion / concentration de l’habitat.

Enfin, l’appropriation du sol sera interrogée à travers l’étude de la structure de la propriété foncière, des logiques notamment spatiales qui la régissent et des modes de prélèvement fiscaux qui s’y appliquent. En effet, la construction des territoires seigneuriaux et communautaires n’est pas pensable sans une analyse serrée des modes de production et des manières de prélèvement. La tenure et le ressort judiciaire, les pratiques successorales et l’exploitation des terres communales en dépendent directement.